Pathétique ordinaire des espoirs déçus
Un article de Labyrinthe, l'encyclopéde libre.
Je connaissais un gars qui voulait devenir détaillant en breloques quelconques. Il pensait faire fortune rapidement en vendant des théières à soupape aux touristes et des sous-plats en fonte à motifs de chatons à ses voisins. Il a cherché un emplacement et a fini par racheter à prix d'or le fond de commerce d'un revendeur de turbines qui voulait prendre sa retraite. Ensuite il a récupéré le stock d'un magasin de bougies porte-bonheur qui fermait ses portes à deux rues de là. C'était pas gratuit mais il avait des économies. Heureusement d'ailleurs parce que sa banque n'était pas très chaude pour financer son projet. Il a tout-de-même réussi à obtenir un prêt sous conditions draconiennes après avoir engagé les bijoux de sa grand-mère et la voiture de son épouse. Maintenant le magasin est ouvert, mais voilà, comme les breloques ne partent pas aussi bien qu'il le voudrait, il a acheté à prix modique mais néanmoins prohibitif une méthode de vente dont on faisait la publicité dans Femme Actuelle. À présent il a atteint sa vitesse de croisière et il gagne péniblement de quoi payer son loyer et rembourser son emprunt pendant que sa femme fait des ménages pour nourrir la famille. Il songe à revendre pour se lancer dans la boulangerie.
C'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher de faire de l'empathie, et d'éprouver pour lui une sorte sympathie affective. Après tout ce type avait des espoirs, il avait fait des plans, il a une famille, peut-être même un chien, il a bossé dur dans son rêve doré et pourtant c'était sans espoir dès le départ.
C'est triste.
